La réclusion de Callisto

par Otto Grimwald

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info

Cette aventure textuelle est un hommage aux livres-jeux des années 80 et 90 (LDVELH), aussi elle a été pensée en termes de paragraphes immuables, et non pas comme un programme informatique avec des variables et des modifications en temps réel selon les choix effectués.

Elle est jouable en ligne, au format HTML, et se décline sous forme de fichier PDF et ePUB, pour en permettre l’éventuelle impression ou la lecture sur liseuse.

Des versions .z8 ainsi que .d64 sont également incluses pour y jouer depuis votre interpréteur z-machine préféré (frotz...) ainsi que depuis votre Commodore 64 ou émulateur.

Sur le modèle des fictions interactives plus modernes, j’ai parfois rajouté des liens depuis certains mots-clés, il faut garder à l’esprit qu’ils ne se substituent pas aux choix en fin de paragraphe et sont à voir comme un autre regard sur les choix à effectuer durant la narration. Si vous empruntez ces mots-clé directement sans avoir terminé le paragraphe, vous ne pourrez pas revenir continuer la lecture plus tard. Voyez plutôt ceci comme un raccourci lorsque vous rejouerez à l’histoire ultérieurement.

En parlant de choix, certains chemins ne seront pas déductibles logiquement, et représentent l’arbitraire et le hasard qui surviennent dans la vie.

Il s’agit d’une histoire courte, réalisée dans le cadre du Nouvim 3000. Le thème est classique (romance, désir, captivité), et se déroule dans un contexte un peu hors du temps, mais proche d’un univers marin et lié à la piraterie.

Cette notice, hors jeu (mais qui se retrouve également dedans, sans en faire partie), est exclue de la limite des 3000 mots. L’histoire en elle-même, code compris, devrait faire environ 3000 mots, et guère plus. Certaines phrases et passages sont répétés, ce qui rend le comptage exact difficile. Une version augmentée sera proposée prochainement, ayant dû singulièrement réduire le volume de prose vers la fin pour ne pas dépasser le cadre de l’aventure.

Histoire et musique conçues, écrites et développées par Otto Grimwald, images British Library.

Réalisé en juin 2024 avec textallion et ramus pour Nouvim 3000.



1

L’attente, sans ĂŞtre insoutenable, devenait difficile Ă  gĂ©rer, et je prenais mon mal en patience en jouant aux Ă©checs dans un tĂŞte-Ă -tĂŞte avec moi-mĂŞme que ne renieraient pas les thĂ©oriciens du solipsisme. Ne glose-t-on pas parfois sur qui serait notre pire ennemi ?

Ils m’avaient assigné dans cette retraite forcée peu après que je me sois rebellé contre l’autorité du régent d’Odüali, et sans me le signifier directement, ma punition fut de me retrouver à garder ce fortin situé aux confins du royaume, sur un pic de terre perdu dans le vaste océan, en réalité une petite île dont révéler le nom ne signifierait pas grand-chose pour le commun des mortels.

Je surveillais une prison sans détenu, et commençais à me demander si l’unique prisonnier ce n’était finalement pas moi, devenu tellement indésirable à la cours dans un monde de parvenus auprès de qui la solitude était préférable.

Une lettre reçue en mĂŞme temps que les ravitaillements hebdomadaires — ces gens n’étaient pas sauvages au point de me laisser dĂ©pĂ©rir — invalida quelque peu ma thĂ©orie, et je lus avec stupĂ©faction l’identitĂ© de la première prisonnière de marque que je devais rĂ©ceptionner. Il s’agissait de D., une cĂ©lèbre femme pirate qui faisait parler d’elle depuis quelques annĂ©es. Ils l’avaient dont enfin capturĂ©e ! La missive prĂ©cisait qu’un navire dĂ©tenant dans ses cales cette hĂ´te de marque arriverait d’ici cinq jours, et qu’il serait de mon devoir d’appliquer un traitement juste et strict Ă  cette vieille femme. Ainsi cette redoutable criminelle dont on entendait parler depuis des annĂ©es serait en toute logique devenue bien âgĂ©e et probablement fanĂ©e... Ces semaines de solitude m’avaient fait espĂ©rer bĂ©nĂ©ficier d’une compagnie un peu plus attrayante que les corneilles qui tournoyaient autour de l’aile ouest du fort, celle d’oĂą je jetais les Ă©pluchures de mes modestes agapes.



2

Pourquoi avais-je fait ça ? C’était inutilement cruel de ne pas la nourrir. J’avais passĂ© la journĂ©e Ă  tourner en rond, et elle probablement Ă  se morfondre dans ce lieu inconnu. Lorsqu’elle me vit arriver les mains vides, elle grimaça et lança :

« Alors, le taulier, on m’a dĂ©jĂ  oubliĂ© ? Ou tu prĂ©fĂ©rais m’affamer en tout premier lieu ? Je leur ai dĂ©jĂ  annoncĂ© que je ne parlerai pas, quoi qu’on me fasse ! Â»

Quelle entrĂ©e en matière ! Son joli visage restait crispĂ© dans une hostilitĂ© rogue pleine d’audace et de provocation.



3

« Vous n’êtes pas lĂ  pour vous poser des questions ! Â»

Je refermai la grille et verrouillai Ă  double tour, rattachant ensuite le large anneau de ce trousseau Ă  ma ceinture.



4

J’appréhendais cette première rencontre. La goélette impériale était repartie tôt dans la journée, et ce n’est qu’au soir que je me préoccupais de la prisonnière, alors que j’avais pourtant songé à elle toute la journée. J’allais enfin pouvoir mieux la scruter, et peut-être découvrir un quelconque secret ou une opportunité pour occuper mon âme. En tout cas, quelle que puisse être l’issue de tout ceci et quoi qu’il puisse en ressortir, cela serait mieux que de m’ennuyer sur cette île isolée.



5

Je n’avais effectivement pas songé plus tôt à relâcher un peu les conditions de sa captivité. Je me sentais un peu honteux de ne pas y avoir pensé moi-même, et la délivrai, en confiance, de toute façon je demeurais bien plus fort et imposant qu’elle. Elle ne tenta rien d’audacieux, et me sourit simplement. Tandis que j’introduisais la clef dans le cadenas qui retenait ses fers, ma main effleura sa paume, et elle rougit légèrement. J’essayais de demeurer imperturbable, mais une bouffée de chaleur m’envahit soudain.

Je ne devais pas cĂ©der ! Rester de marbre, devenir comme incombustible, en Ă©vitant de laisser mon âme s’embraser pour cette femme qui m’attirait pourtant tellement.

Elle me regarda intensément, et je ne savais pas si c’était d’un désir partagé, ou bien parce qu’elle sentait que je pouvais être faillible et ainsi lui être utile.

« Partons ensemble, je sens que tu es Ă©galement retenu ici contre ton grĂ© ! proposa-t-elle de sa voix douce, qui ne prĂ©sentait nulle trace des railleries habituelles. Â»



6

Je reçus au cours des semaines suivantes quelques messages laconiques du continent en réponse à mes rapports sommaires, mais rien de spécifique quant au sort de la prisonnière qui semblait condamnée à vivre là avec pour seule compagnie quelques corneilles tournoyant au-dessus de l’océan, et un gardien conciliant qui ne savait pas trop quoi faire d’elle.

Je continuais à passer mes journées entre mon échiquier et mes livres, m’occupant de la prisonnière le reste du temps.



7

Parfois l’avantage de la reine me permettait d’avoir le dessus, et cette simple satisfaction enchantait le reste de ma journée.



8

« Je regrette, mais malgrĂ© la confiance qui s’instaure entre nous, il m’est impossible de rĂ©pondre favorablement Ă  votre requĂŞte : ceux qui me retiennent ici, car je suis Ă©galement une sorte de prisonnier, ne me le pardonneraient pas. Â»

Sans répondre, elle baissa la tête et se referma un peu plus sur elle-même. Je retournai dans mes appartements.



9

Assise à même le sol dans un coin de la petite pièce, la prisonnière me jeta un coup d’œil méprisant, puis plongea sa tête dans ses bras. Ses cheveux hirsutes et roux s’harmonisaient parfaitement avec sa vareuse vert chasseur, tel un leprechaun à taille humaine.

Je remontais les marches, confus et des questions m’assaillant l’esprit, je l’avoue un peu troublĂ© par l’éclat de cet Ĺ“il Ă©meraude, tel un joyau brut qui mĂ©ritait d’être taillĂ©, ou peut-ĂŞtre plutĂ´t poli ?

C’était le soir, et je m’étais enfermé dans mon bureau.



10

Elle me glissa Ă  l’oreille : « Partons pendant qu’il en est encore temps. J’ai vu depuis ma fenĂŞtre qu’il y avait un colombier, nous pourrions envoyer une missive Ă  D., elle saura nous faire libĂ©rer.

— C’est impossible, rĂ©pondis-je, ces oiseaux ne connaissent qu’une seule destination, on ne peut les envoyer ailleurs.

— Je vais t’indiquer un message Ă  rĂ©diger vers le continent, nous avons des hommes acquis Ă  notre cause dans toutes les casernes, si je rajoute les bons mots codĂ©s, ils sauront nous retrouver ! Donne-moi juste le nom de cet Ă®lot. Â»



11

J’attendis la réponse à ma missive, mais en vain, les journées se passaient et la communication avec la prisonnière était totalement absente, celle-ci s’étant fermée tant émotionnellement que physiquement dès son arrivée, se contentant d’ingurgiter la pitance que je lui octroyais, lançant des regards dépités et parfois teintés de folie.



12

« Je n’ai absolument aucune idĂ©e de qui vous ĂŞtes, et tous mes efforts pour en savoir plus se sont soldĂ©s par un Ă©chec. Peut-ĂŞtre pourriez-vous m’éclairer ?

— Ils ne vous ont pas racontĂ© ? C’est fort dommage. L’histoire serait bien longue si je devais la narrer en dĂ©tail, mais je crois que nous avons tout notre temps, cela pourra remplir quelques chapitres, et peut-ĂŞtre constituer une partie de mes mĂ©moires. Pour commencer, je me prĂ©nomme Callisto... Â»

Elle me narra son histoire, comment petite fille de l’assistance publique elle était venue au service de D., qui l’avait recueillie alors qu’elle avait fugué. Au fil des années elle avait eu l’expérience de tous les postes sur le navire pirate et elle avait fini par devenir la fidèle seconde de la capitaine.

De jour en jour j’eus droit à ses récits, tous plus aventureux les uns que les autres. Je revenais volontiers l’écouter.

Un jour elle me demanda, levant ses paumes vers moi :

« Alors taulier, est-ce que dans mes mĂ©moires je raconterais que j’ai Ă©tĂ© dĂ©tenue ici avec des fers qui me rongeaient les poignets, ou de façon plus digne ? Â»



13

La petite pièce que je destinais finalement à la prisonnière se situait au premier sous-sol. Elle était spacieuse, avec une chaise et une table étroite qui donnait sous la fenêtre. Car en effet, malgré sa situation sous le rez-de-chaussée, cette cellule était dotée d’une ouverture percée à même la roche qui servait de fondation au fort, et par laquelle le soleil matinal entrait. La mer venait régulièrement briser ses clapotis rassurants le long de la paroi et il m’arrivait parfois de venir dormir là puisque la cellule était désaffectée, ou encore dans une autre à l’étage. Mon missel se trouvait encore sur la table.



14

« Pour vos manquements Ă  la discipline de la rĂ©publique, et pour avoir failli Ă  la mission qui vous avait Ă©tĂ© confiĂ©e, vous serez ramenĂ© sur le continent, et jugĂ© pour faute grave, avec comme principal chef d’accusation la haute trahison. Â»

Je montais sur le pont du bateau en direction de mon funeste destin.

FIN



15

Ce papier était incompréhensible... Il mentionnait juste un ancien réseau souterrain pour l’île d’Idellüibrier, et le reste de la carte était maculé.



16

« Monsieur l’Amiral, la captive a bien Ă©tĂ© amenĂ©e en ce jour dans nos cellules, nĂ©anmoins on peut se questionner sur l’identitĂ© rĂ©elle de cette femme qui est actuellement enfermĂ©e chez nous. En effet, j’avais entendu parler de D. et il est Ă©vident qu’il y a soit erreur sur la personne, soit la destination de cette cellule aura Ă©tĂ© modifiĂ©e entre-temps, mais je tenais en tout cas Ă  vous le signaler. Je n’ai pas reçu d’autres instructions Ă  son sujet, et je souhaitais m’enquĂ©rir de la suite des Ă©vĂ©nements.

Veuillez recevoir mes salutations les plus respectĂ©es Â»

Je roulai le message dans un minuscule tube de cuir, et montai au colombier pour le confier Ă  un des oiseaux.



17

Ces oiseaux de malheur passaient leur temps à crier, un peu comme s’ils se plaignaient que je ne leur donne pas assez pour leur appétit vorace. Armé d’une fronde je me dirigeais vers l’aile ouest pour les mettre en fuite. Ils revenaient toujours, telle une légion maléfique et infinie, mais j’aurais au moins un répit pendant quelques jours.



18

À la réflexion, cette chambre à l’étage, si l’on pouvait appeler cela ainsi, serait plus adaptée pour elle : spacieuse et aussi lumineuse que l’autre, elle manquait juste de l’air iodé de la mer puisque la seule ouverture donnait directement sur la cours intérieure. Il n’y avait pas de barreaux à la fenêtre, mais personne de sain d’esprit ne songerait à s’échapper par ici.



19

Les marches étaient froides, j’allais parfois pied nu dans les vastes couloirs en pierres brutes, mais ce soir j’avais mis des sandales comme pour me donner une prestance que je ne pensais pas mériter. Le bol de soupe allait vite se refroidir, mais à l’heure actuelle il me brûlait les doigts, aussi je me dépêchais d’aller retrouver la prisonnière. Elle me gratifia de nouveau de son regard profond, où la violence et la colère acculaient ce qu’il lui restait d’humanité au plus loin de son âme.

« Tu m’avais oubliĂ©e ? Vos mĂ©thodes d’interrogation et de coercition me laisseront toujours songeuse... C’est pour moi ce bol ? Trop aimable Monsieur ! Â»

Je posai l’écuelle par terre et la poussai sous la grille de la porte avec une main, tandis que j’essuyais sur mon chandail l’autre qui avait reçu quelques gouttelettes de nourriture.



20

Après avoir envoyé le message par pigeon, il ne se passa rien de plus au cours des jours qui suivirent.



21

Le sommet des heaumes dorés des gardes fut ce que je vis en premier lorsque la goélette aux voiles blanches et bleues aborda sur le quai. Quatre d’entre eux, la main sur leur glaive étincelant, encadraient la prisonnière entravée par une longue chaîne de métal pendant à ses poignets, et à l’endroit où le fer oxydé mordait la chair burinée de la pirate, des marques rouges et brunes étaient apparues.

C’est alors que je découvris son visage juvénile et souriant malgré l’adversité. Elle semblait bien plus jeune qu’annoncé, et cela me poussa à me demander s’il n’y avait pas erreur sur la personne. Elle était belle en fin de compte.

Ils la conduisirent dans la zone de détention. Le premier garde la poussa sans ménagement dans la cellule que j’avais apprêtée au petit matin, et elle tomba sur les genoux. Ils lui avaient laissé les chaînes. Je refermai la grille et verrouillai à double tour, rattachant ensuite le large anneau de ce trousseau à ma ceinture.



22

Les mois passèrent, égaux en intensité, que cela soit l’été, l’hiver ou les saisons intermédiaires, le temps ici en bord de mer était toujours clément voire monotone.

Un jour la goélette revint, et la prisonnière fut emportée vers d’autres cieux. Je ne sus jamais si c’était vers sa liberté ou vers d’autres geôles.

Quant à moi, je restais définitivement enfermé ici, dans ce tombeau marin.

FIN



23

Autant la laisser à son désœuvrement, il ne m’appartenait ni de la juger, ni de me lier à elle.

Quelques semaines passèrent ainsi. J’écrivis chaque quinzaine un rapport que j’envoyais vers le continent par pigeon voyageur.



24

Je ramassais l’ouvrage religieux et le pris sous le bras, car même si ces écrits m’étaient souvent hermétiques j’étais persuadé que parfois ils imprégnaient l’âme de qui les consultait, et il m’était intolérable d’imposer ces croyances à cette femme que je ne connaissais pas encore. Il est d’ailleurs fort possible que cette abnégation qui me poussait à lui laisser à présent la meilleure cellule était en partie issue de ces saintes lectures.



25

Un officier se prĂ©senta devant moi accompagnĂ© de trois gendarmes, et tandis que deux d’entre eux me soulevèrent stupĂ©fait par le dessous des Ă©paules, le troisième me passa des fers aux poignets, forts similaires Ă  ceux que j’avais vu lorsque la prisonnière fut transfĂ©rĂ©e ici. L’homme me regarda d’un air dĂ©goĂ»tĂ©, et annonça : « Nous vous avons Ă©crit et envoyĂ© maints pigeons voyageurs. Vous n’avez pas daignĂ© rĂ©pondre. Est-ce une attitude responsable ? Â»

Devant mes dénégations et la sourde oreille qui m’était tendue en retour, je compris vite que n’importe quel prétexte pouvait m’avoir conduit à ma perte.



26

Elle s’obstinait à refuser de manger tant qu’on l’observait. Je n’étais pourtant pas insistant, essayant de me comporter comme un maton qui fait simplement son travail. Peut-être avait-elle deviné que je la trouvais attirante et imaginait simplement que je la reluquais.



27

Je faisais le strict minimum, ne voulant pas me lier Ă  cette femme inconnue.



28

La réponse ne se fit pas attendre, toutes proportions gardées, puisque cinq jours après que mon message partît, une colombe arriva avec pour toute réponse :

« Vous n’êtes pas lĂ  pour vous poser des questions ! Â»



29

Quelle bonne idée. Elle accueillit cette idée avec joie, mais il s’avéra qu’elle était une piètre joueuse d’échecs, bien pire que mon double maléfique, et les parties s’avérèrent initialement rébarbatives. Elle apprit tout de même quelques coups et tira rapidement parti de ses erreurs, s’améliorant nettement au cours des jours qui suivirent.

« Ă‡a ne vous dĂ©range pas d’entendre mes chaĂ®nes frotter contre la table pendant que je dĂ©place les pièces ? Â»



30

Nos corps s’enlacèrent et je me rendis compte Ă  quel point le sol, malgrĂ© la paille, demeurait inconfortable !

Nous nous aimâmes là, quelques jours de suite, et rapidement elle me proposa de nous échapper. Fort bien, mais je n’avais aucune idée de comment faire, puisque j’étais moi-même une sorte de prisonnier.



31

« J’aurais effectivement du mal Ă  faire croire que je suis dĂ©bordĂ© ici ! Vous devez vous sentir comme une invitĂ©e de marque, une prison entière pour vous toute seule ! Â»



32

Les semaines passèrent, monotones. Jusqu’au jour oĂą j’entendis un bruit sourd dans la cours, qui me rĂ©veilla un matin. La prisonnière s’était dĂ©fenestrĂ©e !

J’étais horrifié mais il n’y avait plus rien à faire.

J’hésitais entre enterrer son corps ou simplement le rejeter à la mer, jusqu’à me rendre compte que j’avais déjà fait suffisamment de choix hasardeux jusqu’à présent, aussi je laissais les choses en plan, et un jour la goélette revint. Les officiers et gendarmes me trouvèrent la tête entre les mains, désemparés.



33

Après avoir envoyé le message par pigeon, il ne se passa rien de plus, et après une dizaine de jours il était temps de passer à autre chose.



34

Mon bureau était particulièrement mal rangé. Je voyais une sorte de carte sur la table, où cela mentionnait Idellüibrier, le présent îlot de cette résidence forcée, j’avais également du papier à lettres.



35

Ă€ de rare occasion, c’était un des pions ou l’unique fou blanc, le jeu Ă©tant incomplet, qui donnaient l’ascendant, et cela me plongeait alors dans des rĂ©flexions qui pouvaient durer des heures, voire des jours. J’avais tellement peu Ă  faire ici !



36

Nous étions en train d’échafauder un plan lorsque j’entendis le bruit d’un débarquement sur le quai : ils étaient revenus sans me prévenir, et nous prirent tous les deux sur le fait, évoluant librement dans l’enceinte du fort.



37

Les parties se ressemblaient toutes, et pourtant malgré cet état de fait qui parfois me désarçonnait au point de repousser l’échiquier avec une violence dont je ne me croyais pas capable, j’essayais d’innover et de découvrir de nouvelles stratégies. Il fallait que je prenne le cavalier adverse qui bloquait mon avancée.



38

Cette drôlesse se croyait tout permis. Sans raison apparente, le sang dans mes veines bouillonna d’une colère noire qui me fit fermer mes poings mais je sus reprendre mon calme au bout d’un petit instant.



39

Callisto rédigea de son écriture fine un message mentionnant Idellüibrier, ainsi que divers codes propre à sa caste.



40

Dix jours plus tard, un vaisseau battant pavillon noir aborda sur la jetée, conduit par la chef des pirates. Émue, elle raconta à Callisto qu’ils avaient pu retrouver notre position grâce à ses indications, et bientôt nous repartîmes loin d’ici.

Une nouvelle vie d’aventure dĂ©butait pour nous !

FIN



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