Probabilités · Cosmologie · Philosophie
Une expérience de pensée qui révèle quelque chose d'étrange sur votre existence — et peut-être sur la fin de l'humanité.
↓ dérouler pour explorer ↓
Le paradoxe tient à ceci : votre simple existence comme victime potentielle est une donnée probabiliste. Vous ne savez pas dans quel groupe vous vous trouvez, mais le fait d'exister vous donne de l'information sur l'état du monde.
Avant le réveil, la probabilité que le tueur s'arrête à la ronde 1 (p = 1/3) semble raisonnable. Mais en vous plaçant dans la peau d'une victime choisie au hasard parmi toutes les victimes possibles, le tableau change radicalement.
Posons le problème formellement. Le tueur s'arrête à la ronde k avec probabilité p = 1/3, et continue avec probabilité 2/3. Au round k, il y a 10k victimes au total.
Le terme 10k croît bien plus vite que (2/3)k-1 décroît. En d'autres termes : la grande majorité des victimes vivent dans les rondes tardives. Si vous êtes une victime tirée au hasard, vous êtes statistiquement bien plus susceptible d'être dans une ronde avancée — même si chaque ronde individuelle est moins probable que la précédente.
| Ronde k | Victimes dans ce round | P(s'arrêter ici) | Poids anthropique | P(vous êtes ici) |
|---|
Le fait étrange est que votre existence comme observateur vous informe sur votre position dans l'histoire, même sans aucun souvenir ni indice contextuel. — Nick Bostrom, Anthropic Bias, 2002
▸ Calculateur bayésien anthropique
En 1983, le physicien Brandon Carter transpose ce raisonnement à l'humanité entière. Vous êtes l'un des humains existants — disons le 110 milliardième environ. Combien d'humains vivront-ils jamais ? Si vous êtes un observateur typique, vous devriez vous situer vers le milieu de la distribution totale.
Si l'humanité dure encore des millénaires, des centaines de milliards d'humains naîtront. Nous, les vivants aujourd'hui, serions alors dans l'infime premier pourcent de tous les humains — une coïncidence statistiquement suspecte. L'argument suggère que nous sommes probablement bien plus près de la fin que du début.
Les critiques du raisonnement anthropique sont nombreuses et sérieuses. En voici les principales :
L'échantillonnage de référence est ambigu. Pour raisonner sur "votre position parmi tous les humains", vous devez définir la classe de référence : tous les humains ayant jamais vécu ? Tous les observateurs conscients ? Tous les êtres sensibles ? Le résultat dépend cruellement de ce choix.
Le paradoxe s'auto-invalide. Si nous savons qu'il s'agit d'un paradoxe et que nous l'appliquons à nous-mêmes, notre connaissance de l'argument est-elle elle-même une donnée anthropique ? Le philosophe Elliott Sober soutient que l'argument souffre de sélection circulaire.
La connexion causale est absente. Contrairement à un dé physique, votre numéro de naissance n'est pas causalement lié à la durée de l'humanité. Le Théorème de Bayes requiert une relation causale ou probabiliste entre les événements pour être correctement appliqué.
L'argument du jugement dernier est fascinant précisément parce qu'il semble valide mais conclut quelque chose de terrifiant à partir de presque rien. — David Papineau, The Limits of Anthropic Reasoning
Le tueur de dés révèle que l'observation de sa propre existence est une preuve — même vide de souvenir ou de contexte. Ce n'est pas mystique : c'est du Bayes appliqué aux observateurs. Ce qui est vertigineux, c'est de réaliser que votre position dans le temps est elle-même un indice sur la fin de votre espèce. Peut-être. Si la classe de référence est la bonne. Si l'univers vous traite comme un échantillon aléatoire. Si, si, si.
La probabilité que vous soyez dans la bonne classe de référence pour ce raisonnement :
inconnue.